une hausse brutale des tarifs
La ministre de l'Economie émet des réserves quant à la hausse de 20% des tarifs d'électricité réclamée par EDF. Elle lui rappelle que c'est au gouvernement de trancher.
La volonté du PDG d'EDF d'augmenter ses tarifs de 20% sur trois ans n'en finit pas de faire des vagues. La ministre de l'Economie, Christine Lagarde a, ainsi, déclaré jeudi lors d'un déplacement dans la Somme, que le «gouvernement n'est absolument pas lié par les appréciations fournies par Pierre Gadonneix». En France, les prix de l'électricité sont en effet fixés par le gouvernement. «Quand on veut des étoiles, on demande la lune», a-t-elle commenté à ce sujet.
«Une provocation» pour l'UFC-Que chosir
L'association de consommateurs UFC-Que choisir a également réagi à la proposition de Pierre Gadonneix, la qualifiant de «provocation». Selon son président Alain Bazot, «cette demande risque de provoquer de hautes tensions entre l'entreprise et les consommateurs». «Nous sommes d'accord sur le fait que le tarif régulé de l'électricité doit tenir compte des coûts de l'entreprise et de ses investissements. Mais la demande d'une hausse des prix de 20% ne peut être lancée de la sorte, sans explications ni données chiffrées», a-t-il expliqué dans les colonnes du quotidien «Le Parisien». Alain Bazot épingle ainsi «l'étonnant flou artistique qui entoure les déclarations» de Pierre Gadonneix. «Moins d'un mois après avoir évoqué une revalorisation équivalente à l'inflation, voilà qu'EDF réclame six fois plus». Et d'ajouter qu' «à aucun moment, le PDG d'EDF ne précise si les tarifs régulés dont il parle sont ceux applicables au marché des particuliers ou ceux applicables aux entreprises». Pour le réseau «Sortir du nucléaire», la hausse de 20% réclamée par EDF est «une tentative de renflouement»de l'entreprise «plombée par ses investissements insensés» dans le nucléaire. Estimant que l'entreprise «est menacée d'un 'crash' industriel et financier», «Sortir du nucléaire» conteste en bloc les arguments du PDG d'EDF.
«Une augmentation de 2 à 3 euros par ménage»
Face à cette levée de boucliers, Pierre Gadonneix a défendu sa proposition au micro de la radio RTL. «Il ne s'agit pas de demander une hausse des tarifs pour demain mais d'une hausse étalée dans le temps (...) de l'ordre de 2 à 3 euros par mois» et par ménage «si on étale sur 3-4 ans», a-t-il expliqué. «L'électricité en France est 30 à 40% moins chère que dans les autres pays européens», s'est justifié le PDG d'EDF, expliquant qu'en 25 ans, l'augmentation du prix de l'électricité dans l'Hexagone n'avait «jamais été supérieure à l'inflation». Pour Pierre Gadonneix, il faut donc «un rattrapage. On ne peut pas augmenter directement les investissements en France comme nous le faisons, si on n'augmente pas les recettes en face».
La ministre de l'Economie a annoncé que la question serait «examinée ultérieurement», avec Christian Estrosi, le nouveau ministre de l'Industrie.
L'emprunt a permis à EDF de récolter 3,2 milliards ¤
Cette manne financière servira notamment au financement des prochains programmes d'investissement du groupe.
Pierre Gadonneix, le patron d'EDF, peut se réjouir. Le succès a été au rendez-vous pour l'emprunt obligataire émis par EDF auprès des particuliers. Lancé il y a un peu moins de deux semaines, cette opération permet au fournisseur d'électricité de récolter 3,2 milliards d'euros, soit le triple de ce qu'il espérait. «Le chiffre n'est pas définitif puisque nous allons servir toutes les demandes postées lundi au plus tard», a précisé Pierre Gadonneix, dans une interview accordée au quotidien la Tribune. 270.000 personnes et 20.000 salariés du groupe n'ont pas hésité à souscrire à cet emprunt, le dernier de ce type lancé par EDF remonte à 1991.
« Rattraper les retards d'investissements»
Cet emprunt est destiné à financer les investissements massifs du groupe dans les années à venir. La société compte investir 12 milliards d'euros cette année dont 7,5 en France. En 2008, ce chiffre s'élevait à 9,7 milliards (dont 5,2 milliards en France). EDF veut «rattraper les retards d'investissements opérés dans la maintenance lourde et la modernisation des équipements mais également prévoir de nouvelles capacités de production». En France, les investissements iront «pour moitié dans les réseaux dont la qualité ne progresse plus depuis cinq ans et pour moitié dans les moyens de production, en consacrant autant aux énergies renouvelables qu'à l'EPR de Flamanville», a précisé Pierre Gadonneix.
L'opération avait également pour objectif d'alléger la dette contractée par l'électricien, suite à ses nombreuses acquisitions, dont notamment celle de l'exploitant britannique de centrales nucléaires British Energy fin 2008, pour un peu plus de 15 milliards d'euros. La dette du groupe s'est en effet envolée de 50% à 24,5 milliards d'euros en 2008. Il est revenu ce matin, lors d'une interview accordée à RTL, sur la hausse de 20% des tarifs d'électricité qu'il juge indispensable du fait d'une augmentation du montant des investissements en France.
