Avec 215 000 passagers, cet aéroport de province pourrait être lui aussi une cible terroriste potentielle
De la tension dans l'air
La Rochelle, hier à 17 h 30. Les 184 passagers du vol pour Londres sont soumis aux mêmes contrôles que ceux transitant par les deux grands aéroports parisiens. (photo xavier léoty)
Autant admettre d'emblée que les vieilles tours de La Rochelle ne figurent sans doute pas parmi les cibles prioritaires d'al-Qaida. Pour autant, avec 3 400 vols commerciaux, 15 lignes vers le Royaume-Uni ou le Benelux, et plus de 200 000 passagers transitant chaque année par son tarmac, l'aéroport rochelais est sous une surveillance d'autant plus accrue que les kamikazes n'hésitent plus, désormais, à emprunter des itinéraires détournés.
Ainsi l'attentat manqué, vendredi, contre l'Airbus de Delta-Airlines, laisse-t-il craindre aux autorités un effet d'aubaine conjugué à la nonchalance supposée de certaines pistes de seconde zone.
Des contrôleurs mystères
Et si les 184 passagers du vol 8 747 pour Londres n'ont pas subi, hier soir, les mêmes contraintes que ceux embarquant vers les États-Unis, ils restent en revanche soumis aux mêmes règles régissant la sécurité de l'ensemble des aéroports européens.
Ciblée en 2006 par un audit mené notamment par des contrôleurs mystères de la DGAC (1), la sécurité de l'aéroport de La Rochelle-île de Ré est ainsi assurée par une vingtaine d'agents du groupe G4S. « Sous l'autorité de la préfecture, nous assurons le contrôle au portique, les palpations et la vérification des bagages en soute et des bagages à main au Passage X (2) », explique Thomas Juin, le directeur de l'aéroport.
« Le principe de sûreté n'a rien à voir avec la taille de l'aéroport, il est identique à La Rochelle comme à Roissy. Et il n'y a que sur les vols sensibles vers Israël ou les États-Unis que les compagnies aériennes ajoutent du personnel. Quant à la polémique sur l'efficacité des portiques, je ne la partage pas. Nous veillons sans cesse à ce que leur sensibilité soit la plus fine. Et ceux qui n'y arrivent pas se retrouvent d'ailleurs sur une liste noire européenne. Sans compter que depuis cinq ans, nos agents ont dû multiplier l'ouverture aléatoire des bagages à main, quasiment un sur deux désormais. Et nous allons certainement avoir de nouvelles consignes dans les prochains jours. »
Avec, donc, une multitude de lignes régulières franchissant chaque jour ou presque l'espace Schengen, la plateforme rochelaise est également sous la coupe des douaniers depuis la fin du mandat de la Police de l'air et des frontières (PAF).
Plus chargés de traquer d'éventuels clandestins que les terroristes décentralisés, ceux-ci vérifient tout de même l'identité de chacun des passagers en partance pour les îles britanniques.
150 hectares à surveiller
Autrefois présente à chaque mouvement d'avion, la police nationale n'a plus, en revanche, qu'un rôle de permanence aujourd'hui. « Mais ils se déplacent dès qu'il y a passager récalcitrant ou bien qu'un colis suspect est repéré », explique le patron de l'aéroport.
« Bien sûr que La Rochelle n'est pas dans la tourmente, mais nous sommes conscients que le risque existe, comme il existe partout depuis quelques années. Car les Airbus ou les Boeing 737 de Ryanair qui décollent ici pour l'Angleterre sont les mêmes qui poursuivent ensuite leur route vers Rome ou d'autres grandes plate-formes internationales. »
Vaste de 150 hectares, le site de l'aéroport rochelais est enfin cerné de grillages depuis trois ans, et son chemin de ronde inspecté quotidiennement.
Loin, bien loin des prairies qu'il offrait encore à un berger et son troupeau de moutons au début des années 2000.
Pas de quoi résister à une pince coupante, certes, mais suffisant malgré tout pour dissuader d'éventuels illuminés de faire joujou avec les réacteurs au moment du décollage.


